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Rendre notre fiction prospère et créatrice

Par Nicolas Traube

11 décembre 2007 · Pas de commentaires

A l’occasion de la réforme des décrets Tasca, le producteur Nicolas Traube fait le constat de l’échec de la sur-réglementation et du principe d’exception culturelle pour la fiction télévisuelle.

Il y a près de trente cinq ans, je terminais mes études et je m’intéressais à la télévision comme un jeune homme de son époque et dans son époque pouvait s’y intéresser, ni plus ni moins ; j’avais entendu une longue diatribe de Claude Santelli se plaignant, ou, plus précisément se lamentant, de voir la création en danger de mort, attaquée de toutes parts par d’innombrables ennemis dont ceux qui n’étaient qu’à la recherche de l’audience et qui voulaient mettre à mal la toute puissance du créateur, le livrer aux puissances, forcément néfastes, du monde de l’argent. Récemment, alors que sont rediscutées les obligations de production des chaînes privées qui n’ont comme ressources que celles de ce marché si décrié et qui doivent répondre de leur santé financière à la bourse, (appelée également corbeille !), les mêmes imprécations se sont à nouveau fait entendre, tendant à polluer le débat et à le noyer sous de fausses questions.

Donc, rien n’aurait changé. La France a connu des mutations profondes mais la télé de la création, en gros la vraie, la bonne télé, devrait rester un sanctuaire dont la défense de la création (ou du créateur ?) serait le seul objet.

Devant les coups de boutoirs que de nouveaux programmes, qui prenaient la forme d’œuvres tout en n’en étant pas, et qui séduisent une partie du public, notamment le plus jeune, on s’est doctement efforcé de trouver une définition nouvelle de l’œuvre, sans y arriver. Alors est surgie l’idée lumineuse de fixer un nouveau sous-quota d’un quota que l’on n’arrive même pas à définir. Et vous voudriez obtenir le soutien du public pour la défense d’une cause dont la noblesse est telle qu’elle ne peut être définie ? Faut-il s’accrocher à de vieilles lunes qui ne signifient plus rien, ni pour ceux qui financent les programmes, ni pour ceux qui les font, ni pour le public.

Le moment n’est-il pas venu de parler de la fiction en d’autres termes que passéistes ? Ne pouvons-nous saisir l’opportunité créée par une certaine désaffection du public pour la fiction française, désamour moins grand que certains prétendent mais dont on ne peut nier l’existence, quels qu’en soient les responsables ? Ne faut-il pas s’interroger sur la méfiance que suscite la fiction chez les décideurs des chaînes commerciales et essayer d’y répondre calmement, hors de tout esprit de chapelle, et dans le but de concilier la satisfaction du public, les intérêts des opérateurs de ces sociétés soumises, qu’on le veuille ou non, à la concurrence et l’existence d’un secteur fort et dynamique d’un genre qui réussit, partout ailleurs en Europe comme dans les Amériques, à répondre à ces attentes. Et si on mettait de côté, un instant, les discussions oiseuses autour de la création ?

La fiction a, depuis la mise en place de la loi Léotard, toujours été envisagée en termes d’obligations. Vous en connaissez beaucoup des activités que l’on a envie de voir prospérer qui n’existeraient que parce qu’elles sont liées à des obligations ? Cela fait maintenant longtemps que la preuve est faite que le système contraignant qui régit la fiction française a non seulement atteint ses limites mais aussi prouvé son inadéquation à la faire prospérer de façon dynamique. Tous les autres grands pays d’Europe en génèrent quantitativement plus sans que, pour autant, nous puissions nous consoler en recueillant plus de prix que nos voisins, loin s’en faut.

Que faire donc pour rendre notre fiction prospère et, partant, créatrice ? Car la créativité d’un secteur inscrit dans l’économie n’a pas pour vocation à satisfaire les élans des créateurs mais à assurer la satisfaction du public dont les goûts évoluent et qui est au contact d’autres offres de programmes. A chacun, ensuite, la liberté d’y ajouter son supplément d’âme.

Et à nous tous d’organiser un marché dont le fonctionnement doit évidemment être régulé, étant donnée sa structure oligopolistique. De quelle manière y arriver sans provoquer de secousses mortelles ?

Premier constat : ne pas se précipiter en bâclant une réforme en toute hâte, sous la pression des actionnaires des chaînes commerciales : ce n’est pas parce qu’ils ont préféré s’efforcer de bloquer l’avènement de la concurrence (la TNT en l’occurrence) plutôt que de se préparer à affronter un nouvel environnement qu’il faudrait changer tout pour protéger –pour combien de temps ?- leur cours de bourse en diminuant les obligations actuellement en vigueur, quitte à ruiner durablement tout un secteur.

Deuxième constat : attention aux solutions transitoires que préconisent certains syndicats de notre profession et qui ne règlent aucun problème de fonds. Les discussions qu’ils tiennent en sous-main avec les grandes chaînes privées et qui prévoient un allègement de leurs obligations ne serviront qu’à allonger de façon marginale le temps de l’agonie de notre secteur.

Troisième constat : il faut profiter de cette période pour remettre à plat un système sur-réglementé pour le transformer de fonds en comble en prenant le temps de le faire. Toutes les questions doivent être posées : du fait que la fiction est le genre de programmes aujourd’hui le plus pénalisant pour les diffuseurs au questionnement sur le rôle du Cosip sans oublier l’indispensable accroissement du financement du secteur public, garant de la diversité étant donné l’étroitesse de notre marché national.

L’idée serait qu’in fine la fiction soit un genre qui intéresse les chaînes parce qu’elle séduit les spectateurs, à travers les audiences qu’elle génère comme des publicités qu’elle permet de récolter.
Aucune chaîne privée ou publique n’a envie de se priver d’un genre dont l’efficacité a fait ses preuves en France comme ailleurs et qui continuera à être indispensable dans l’équilibre d’une grille. Elle a simplement envie de pouvoir commander ce dont elle a besoin et de pouvoir l’exploiter au mieux de ses intérêts.

Les chaînes du secteur public, la fragmentation de l’audience et l’ambition de ceux qui font les programmes devraient suffire à faire de cette fiction un genre divers, en évolution, et créateur d’emplois. Le moment n’est-il pas venu de constater que l’exception culturelle est efficace pour la défense de la fiction cinématographique, pas pour celle de la télévision.

Nicolas Traube, producteur, Pampa production.
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Mots clés : Fiction

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