Halte au feu !
10 octobre 2007 · 1 Commentaire
Jean-François Boyer s’interroge sur la crise de la fiction française et sur les opportunités qui en découlent.
“Cet automne, la fiction française s’invective. Les professionnels se divisent entre ceux qui considèrent qu’il y a une crise profonde de la fiction française sur l’ensemble des chaînes en clair, privées et publiques, et ceux qui pensent que cette crise ne touche que TF1, sanction bien méritée de vingt ans de formatages, oukazes et remakes…
Avec cette liberté qui m’avait valu, il y a sept ans, une mise en examen pour avoir dénoncé le cartel de la non-concurrence de l’audiovisuel, je souhaite exprimer l’inquiétude de nombreux créateurs qui refusent de restreindre le débat à un médiocre règlement de comptes personnel. Pour beaucoup d’entre nous: oui! nos audiences sont souvent décevantes et vieillissantes, le jeune public de demain s’éloignant de nos oeuvres. Oui ! L’effondrement touche aussi bien les diffuseurs privés que publics. Oui! Le succès des nouvelles chaînes de la TNT bouleverse tout un système. Oui! Cette chute des audiences des fictions françaises est d’autant plus criante que les séries américaines réussissent comme jamais en prime time.
Nous sommes tous victimes de la valse hésitation des diffuseurs, et comment ne pas les comprendre? Comment ne pas hésiter à se lancer dans la commande de séries de 12 épisodes annuels ? Nous, créateurs, nous passons aujourd’hui autant de temps à les rassurer qu’à les convaincre…
Mieux, pourquoi ne pas admettre que la crise de TF1 provient aussi du risque soudain et courageux de parier enfin en France sur des séries longues de 16 épisodes annuels avec des héros multiples et de nouveaux visages?
Bref, après avoir bien tiré sur tel ou tel pianiste, chers amis, halte au feu!
Pouvons-nous au moins trouver un consensus sur des objectifs communs? La télévision, c’est la diversité : des unitaires et miniséries mais aussi et surtout ces séries qui sont l’âme d’une chaîne… La véritable réponse à ce nouvel environnement concurrentiel réside dans la création véritablement originale de séries longues, ces grands rendez-vous indispensables. Et le service public doit admettre que le succès de quelques unitaires de prestige, même diffusés “en collection”, ne constitue pas une réponse suffisante.
Des séries pour toutes les cases horaires, de toutes durées, innovantes et enfin vraiment feuilletonnantes! Feuilletonnantes? Oui! C’est-à-dire des séries dont seule la première diffusion inédite est offerte sur la chaîne premium partenaire, avant de permettre d’autres expositions sur les chaînes de complément d’un groupe et sur les nouveaux supports…
Mais d’ici là, nous devons comprendre que dans cette France nouvelle qui veut tout remettre à plat, les diffuseurs sont clairement en campagne contre les décrets Tasca. Une réglementation caricaturée comme excessive, avec une démonstration apparemment pleine de bon sens: pourquoi nous obliger plus longtemps à investir chaque année 600 M€ dans des productions indépendantes qui ne marchent plus?
Des lors n’avons-nous pas intérêt à rester unis, à l’heure où le gouvernement annonce l’ouverture de la réforme du cadre réglementaire qui régissait les relations entre les créateurs et les diffuseurs depuis 1986?
N’ayons pas peur: cette crise de la fiction est une crise de croissance.
C’est une formidable chance pour la création. C’est aussi une chance pour les producteurs français d’obtenir enfin la fluidité de leurs droits. Mais le renouveau de la fiction française passe par un processus de réflexion apaisé, constructif et commun à tous les partenaires de la création, avec les chaînes et pas contre elles! Alors, renégocier les décrets productions “pour faire ensemble notre bonheur commun”, comme disait Robert Nador? Chiche! ”
Jean-François Boyer, Producteur, Tetra MédiaPublié le 10/10/2007 dans Ecran Total n°676
Mots clés : Fiction
1 reponse Pour l'instant ↓
1 Vive l’addiction à la française // oct 30, 2007 à 22:32
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