Les tribunes d’Ecran Total

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Renforcer l’offre publique

Par Olivier Mille

24 octobre 2007 · 1 Commentaire

Le producteur Olivier Mille (Artline) réagit à l’éditorial intitulé “un système éditorial peu performant”.

“Le dernier éditorial (d’Ecran Total, ndlr) daté du 17 octobre, qui parle intelligemment des quatre chantiers de réforme de l’audiovisuel lancés par la ministre de la Culture, contient tout de même deux contre-vérités que je ne peux laisser passer sans protester de manière véhémente.

Concernant les décrets Tasca, vous parlez d’abord de la prétention légitime des chaînes à revendiquer la propriété des œuvres qu’elles financeraient (je souligne le conditionnel…) intégralement. “C’est vrai pour la fiction et la plupart des documentaires.” Non, c’est faux de la quasi-totalité des documentaires, mais aussi de la fiction. Même en fiction, pour produire effectivement un film, les producteurs doivent développer dix projets dont au moins la moitié est financée par eux seuls et l’autre moitié à 50 %. Si je sais compter, ça veut dire que les producteurs de fiction supportent 75 % des coûts réels de développement. Pour le documentaire, c’est encore pire puisque le développement n’est presque jamais financé par les chaînes, et que leur apport en production oscille entre 30 et 50 % du budget.

Donc le travail du producteur est toujours considérable : pour l’éditorial d’abord, la recherche de sujet et de formats nouveaux, la réflexion, l’invention très en amont d’un scénario ou d’un projet écrit. Ce rôle essentiel, sans ­lequel il n’y aurait aucune force de proposition dans aucun genre, n’est jamais valorisé, jamais reconnu et pris en compte comme il l’est dans n’importe quel autre secteur économique: ça s’appelle la “recherche et développement”.

Ensuite, il est écrit que, à part l’animation, les producteurs ne prennent aucun risque et n’investissent pas. Or, pour 90 % des documentaires et une part non négligeable des fictions (toutes celles, un peu ambitieuses, qui ­nécessitent des coproductions) la prise de risque est considérable, d’abord sur le financement que le producteur doit compléter seul, mais aussi sur la garantie de bonne fin qu’il assure à ses risques et périls. Oui, les producteurs participent largement au financement des œuvres et ils prennent des risques à chaque film, pris en étau entre les exigences (légitimes) de qualité artistique et technique toujours croissantes du marché et l’augmentation constante des coûts de production, talents inclus. Tordons une bonne fois pour toutes le cou à ces clichés mensongers qui servent parfaitement les intérêts directs de certains diffuseurs.

Deuxième point de désaccord: la question pernicieuse de l’éditorial sur l’utilité des chaînes de service public. Il faut une télé publique forte et diversifiée pour (au moins) deux raisons simples: premier point, c’est un outil, une usine, un monument qui est au cœur des enjeux de société, le dernier rempart audiovisuel qui ­véhicule encore de la connaissance, du débat, de la découverte, de la qualité, du sens, de la compréhension de l’autre, de la découverte du monde. Et qui fabrique notre mémoire de demain. Enlevons les cinq chaînes de France Télévisions et Arte et regardons le paysage… Voulons-nous un pays à la Berlusconi? Si on supprime la redevance, alors il faut aussi supprimer les sept stations de Radio France, ses deux orchestres, et tout notre patrimoine (le premier au monde, on l’oublie) conservé par l’Ina. Le second point, c’est que le secteur public finance une part importante de la fiction et de l’animation et la totalité du documentaire. Réduire sa surface, c’est rayer de la carte un pan ­entier du tissu créatif et industriel. Alors, “un impôt payé par tous” alors qu’il y du gratuit en parallèle ? Dans ce cas, supprimons aussi l’école et l’hôpital public puisque, dans ces deux secteurs, il y a aussi du privé “gratuit”.

Olivier Mille, président de la commission télévision de la Procirep,

publié le 24/10/2007 dans Ecran Total n°678 

Mots clés : Documentaire · Fiction

1 reponse Pour l'instant ↓

  • 1 Jean-Guilhem LEROUGE - Rackam Prod Consulting // nov 16, 2007 à 13:17

    D’un regard faussé par l’histoire.

    Notre pays a dérivé vers une pensée unique qui laisse prévaloir que n’est culturel que ce qui est subventionné, et qu’à l’inverse ce qui ne l’est pas, ne peut être culturel.

    On a créé une réglementation qui ne considère comme patrimonial et culturel que certaines “formes” de programmes, comme si la forme préderminait à priori ces deux caractères. A l’aune de ce présupposé, l’expression humaine aurait dû se contraindre à décliner la peinture rupestre…..quelle hérésie!

    La réglementation n’a eu de cesse qu’à créer une double économie de la production, l’une commerciale, oui le mot est hérétique pour certain, et l’autre administrée, créant une rente à laquelle s’agrippent les quémandeurs de subventions, crédits d’impôts et autres “aides”. On en vient à considérer des émissions telle C dans l’Air qui décrypte le réél comme une m….e et Hélène et les garçons comme culturelle………

    Que l’on sorte de ce débat stérile, que les diffuseurs soient contraints à financer des programmes subventionnés par le CNC, à des niveaux plus raisonnables (10% du CA) et que le quotas soient basés sur une palette plus large de programmes et la diversité des programmations des différents éditeurs sera préservée, en ce compris les heures de grande écoute en définissant les programmes “quotas” comme l’est “l’oeuvre” par la directive TVSF.

    Par ailleurs, pour le profit commun des producteurs et des diffuseurs, que soient modifiées les règles relatives à l’indépendance oeuvre par oeuvre. Pour les “séries” à titre générique, identificatrices du diffuseur commanditaire originel, la réglementation actuelle pénalise la poursuite de commandes de nouvelles “saisons” en contraignant le diffuseur après 42 mois à “réacquérir” les droits des saisons antérieure. Résolvons cette question en permettant, quitte à réduire pour les derniers épisodes la durée de leur droit, une “exclusivité” sur “la série générique” après 10, 12 mois après la livraison du dernier épisode “commandé” et faisons tomber tous les droits de diffusion à l’issue de cette période, afin de remettre toute la série “générique” sur le marché au profit de la circulation des droits. Une série “complète” a une valeur de catalogue bien “supérieure” à la somme de ces “parties”, les diffuseurs n’investiraient plus à perte pour poursuivre la production de leur séries emblématiques et les “séries” seraient sur le marché dans leur intégralité.

    Mais, voici des raisonnements “mercantiles” que ne sauraient entendre ceux pour qui les termes industrie et commerce sont honnis.

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